Ce jeudi matin, dans une salle sobre mais chargée d’enjeux, le gouvernement guinéen a lancé un atelier de formation peu ordinaire. Destiné aux gouverneurs et préfets du pays, ce rendez-vous marque une nouvelle étape dans la refondation de l’État : l’appropriation des outils de gestion du renseignement biométrique. Trois jours plus tôt, la Guinée réceptionnait 3 000 kits d’enrôlement. Aujourd’hui, place à l’action.
Présent pour ouvrir la session, le Premier ministre Bah Oury n’a pas mâché ses mots. Face aux hauts représentants de l’administration territoriale, il a souligné la portée historique de l’instant : « Ce processus est bien plus qu’un simple recensement. C’est la première pierre d’un État rénové, stable et tourné vers l’avenir. »
Une biométrie pour tourner la page des crises
Depuis plus de trois décennies, les processus électoraux en Guinée riment avec contestations, violences et instabilité. Un cycle que le gouvernement de transition entend briser, en s’appuyant sur un registre biométrique adossé au fichier d’état civil. Bah Oury promet : « Le fichier électoral sera enrichi de manière continue. Il intègrera les naissances, exclura les décès. »
Cette innovation technologique, incarnée par le Programme national de recensement administratif à vocation d’état civil (PN-RAVEC), doit permettre à chaque citoyen de disposer d’un numéro d’identification unique. Un identifiant qui, à terme, facilitera l’accès à des services essentiels comme la scolarité, l’assurance-maladie ou la retraite.
L’État au plus près des citoyens
Mais au-delà des élections, c’est toute une vision de l’administration que le gouvernement veut transformer. Dans sa prise de parole, le Premier ministre a esquissé les contours d’un État « capable de suivre ses citoyens dans chaque étape de leur vie ». Et ce, en Guinée comme à l’étranger. « Les régions pourront délivrer les passeports, même pour les Guinéens de la diaspora », a-t-il assuré.
Cette ambition repose toutefois sur un impératif : la rigueur. Bah Oury a exhorté les gouverneurs et préfets à assumer pleinement leur rôle, affirmant que la réussite du PN-RAVEC conditionne la crédibilité du futur État guinéen. « Dans 10, 15, 20 ans, on dira que la Guinée s’est normalisée », a-t-il lancé, presque solennel.
Une transition à haute portée symbolique
Pour le chef du gouvernement, cette transition ne doit pas être perçue comme un simple passage de pouvoir. Elle incarne, selon lui, une refondation profonde de l’appareil étatique. « Il s’agit de remettre l’État guinéen sur les rails, lui fournir les instruments nécessaires à son développement, assurer la cohésion et la stabilité du pays. »
Et d’ajouter, presque en forme de promesse : « Il faut que les Guinéens puissent rêver, croire qu’un jour, leur pays sortira définitivement de cette situation. »
Un rêve qui commence peut-être ici, dans une salle de formation, autour de quelques centaines de kits biométriques et de l’espoir que la technologie, cette fois, serve la démocratie.
Alpha Amadou Diallo