Promesses, espoirs et… désillusions. Voilà le cycle qui semble rythmer la transition guinéenne depuis l’arrivée du CNRD. Les belles paroles sur la justice comme « boussole du pays » résonnent encore dans les mémoires, mais elles semblent désormais bien loin de la réalité.
Dr Faya Millimono, président du Bloc Libéral, est l’un de ceux qui refusent de se taire. Face à une justice engluée dans ses propres promesses, il dresse un constat sans concession. Selon lui, la CRIEF – cet organe censé incarner la lutte contre la corruption – n’est qu’une « coquille vide ». « Pour retracer l’argent sale, il faut de l’expertise », martèle-t-il. Une évidence qui, apparemment, n’a pas encore traversé les murs feutrés des palais de justice.
Justice ou loterie ?
Les prisons guinéennes débordent de détenus « en attente ». Certains mois, d’autres années. Jugés ? Pas toujours. « Pourquoi maintenir des gens en prison sans preuves ? Accuser, c’est bien. Prouver, c’est mieux », ironise Millimono, d’un ton oscillant entre l’amertume et la résignation.
À croire que la présomption d’innocence est devenue, en Guinée, une vieille légende qu’on raconte aux enfants avant de les endormir. Certains passent à la trappe, d’autres bénéficient d’un traitement de faveur. On pourrait presque parler d’une justice à deux vitesses… si ce n’était pas aussi tragique.
Insécurité à ciel ouvert
Comme un malheur ne vient jamais seul, l’insécurité s’est installée dans le quotidien guinéen. Kidnappings, disparitions mystérieuses, arrestations arbitraires : la routine, semble-t-il. Dr Millimono ne mâche pas ses mots : « L’insécurité est galopante. »
Dernier épisode en date : la disparition inexpliquée d’un journaliste. « Les adultes ont le droit de disparaître », lâche-t-il, fataliste. Une phrase aussi sombre que le climat actuel, où l’espoir semble aussi volatil que les promesses politiques.
Une boussole en panne ?
En fin de compte, la Guinée semble chercher encore sa direction, prisonnière de promesses non tenues et d’une justice défaillante. La transition, autrefois porteuse d’espoir, ressemble aujourd’hui à un chemin semé d’embûches.
Peut-être qu’un jour, la fameuse boussole de la justice se remettra à fonctionner. Mais à ce rythme, elle risque bien de rester coincée dans un tiroir oublié, quelque part entre un vieux discours et un projet de réforme abandonné.
Algassimou L Diallo