Chronique :
Il y a des rappels qui sonnent comme des avertissements. Ce 3 avril, jour de mémoire nationale, Mamadou Sylla a troqué son costume d’homme d’affaires pour celui du patriarche politique. À l’occasion de la commémoration de l’accession au pouvoir du général Lansana Conté en 1984, le président de l’Union Démocratique de Guinée (UDG) a lancé un message fort à l’attention du CNRD et de son chef, le général Mamadi Doumbouya : aucun pouvoir n’est éternel, mais la cohésion d’un peuple, elle, doit l’être.
Dans une déclaration teintée de nostalgie, Sylla rend hommage à celui qu’il considère comme un modèle de leadership. « Lansana Conté restera dans la mémoire comme un patriote profondément engagé pour le bien-être et le développement de son pays », dit-il. Et d’enchaîner sur les mérites d’un président qui, malgré les critiques, aura su libéraliser l’économie, ouvrir l’espace politique avec le multipartisme, et maintenir un équilibre régional dans les nominations publiques.
Mais derrière cette révérence à la figure du général Conté se cache un message limpide au pouvoir actuel. Mamadou Sylla ne s’en cache pas : le CNRD ferait bien de méditer sur le parcours de ses prédécesseurs. Car les régimes passent, les drapeaux changent de mains, mais l’Histoire, elle, observe et juge.
« S’inspirer du général Conté. Le pouvoir est éphémère, il est essentiel de privilégier le dialogue, l’écoute et la cohésion sociale », recommande-t-il. C’est une main tendue, certes, mais aussi une piqûre de rappel : le pouvoir, surtout lorsqu’il est issu d’un coup d’État, n’a jamais de racines solides.
Et dans un contexte où la transition patine, où les promesses s’émoussent, ce genre de déclaration prend des allures de sonnette d’alarme. Mamadou Sylla parle à la junte comme un aîné à un cadet pressé. Il évoque le passé pour éclairer un présent incertain, et surtout, pour éviter que le futur ne soit une répétition des mêmes erreurs.
Car si le 3 avril rappelle l’avènement d’un régime, il doit aussi rappeler la fragilité de tout pouvoir. Une vérité que l’Histoire guinéenne, à force de convulsions, n’a cessé de répéter. Encore faut-il l’écouter.
Algassimou L Diallo