Depuis l’annonce du général Mamadi Doumbouya fixant la date du référendum constitutionnel au 21 septembre prochain, la sphère politique guinéenne est en ébullition. Entre satisfaction et doutes, les réactions fusent, à l’image de celle de Diabaty Doré, président du Rassemblement Pour la République (RPR) et vice-président de l’ANAD. Au micro de VisionGuiné, ce dernier a partagé son point de vue sur l’annonce et les défis qui l’accompagnent.
Une annonce accueillie avec prudence
Mercredi 2 avril, dans un entretien accordé à notre rédaction, Diabaty Doré a d’abord salué cette avancée, qui inscrit le pays dans un processus de retour à l’ordre constitutionnel. « C’est une bonne nouvelle, car l’accord trouvé entre le CNRD, le gouvernement et la CEDEAO fixait ce retour à fin 2024. En 2025, nous devrions déjà avoir un cadre institutionnel stable. Nous, en tant que politiques, nous nous en réjouissons, car notre objectif reste un État démocratique respectueux des règles », déclare-t-il.
Des préalables encore flous
Si l’intention est louable, les moyens pour y parvenir suscitent des interrogations. Diabaty Doré souligne plusieurs préalables non résolus, à commencer par la mise en place du fichier électoral. « On vient tout juste de recevoir les kits de recensement, mais a-t-on déjà formé les agents chargés de l’enrôlement ? Le processus d’identification des électeurs sera-t-il bouclé à temps ? Le recensement est une opération technique qui prend du temps et accuse souvent du retard. »
Autre point d’ombre : l’absence d’un organisme de gestion des élections (OGE) clairement défini. « L’avant-projet de Constitution stipule que l’OGE devra organiser aussi bien le référendum que les autres élections. Or, à ce jour, nous ne savons pas comment il sera mis en place ni si les acteurs politiques s’accordent sur son rôle. Ce flou pourrait remettre en question la crédibilité du scrutin », prévient le leader politique.
Un calendrier électoral ambitieux
Parmi les questions brûlantes figure aussi la tenue des élections présidentielle, législatives et communales avant fin 2025. Un défi colossal, selon Diabaty Doré. « Certains pays ont réussi à organiser des élections générales, mais la Guinée ne l’a jamais fait. Pourtant, c’est envisageable si la volonté politique et les moyens sont réunis. On pourrait tenir les communales en octobre ou novembre, suivies des élections présidentielles et législatives en décembre. Ainsi, un président démocratiquement élu prendrait ses fonctions en 2026 », analyse-t-il.
Toutefois, il met en garde contre les risques de tensions si le processus électoral n’est pas suffisamment inclusif. « Il est crucial d’engager un dialogue entre tous les acteurs politiques pour éviter une crise post-électorale. Les décisions prises aujourd’hui doivent être consensuelles afin de garantir une transition apaisée », conclut-il.
Alors que le chronomètre tourne, les doutes persistent quant à la capacité du gouvernement à organiser un référendum inclusif et techniquement viable. Loin d’un simple rendez-vous électoral, le scrutin du 21 septembre apparaît comme un test décisif pour l’avenir démocratique de la Guinée.
Aziz Camara